Regulateur de parquet par Jean-Baptiste Hillerin de Boistissandeau
Collection particulière
Jean-Baptiste Hillerin de Boistissandeau (1704-1779), Pierre-François Ledoux (1708-1792) et Louis Ledoux, Jean Lejay. Bronze ciselé, patiné et doré. Paris, époque Louis XV, 1749. Signé “D* D** d’Hillerin /de Boistissandeau /in venit/exécuté par François et Louis Le Doux/à Paris l’an 1732” sur le cadran principal et signé “Finie sous les yeux de l’auteur/par le sieur Le Jay, l’an 1749” sur un autre cadran. Hauteur : 288 cm ; largeur : 102 cm ; 47 cm.
Ce régulateur exceptionnel fut conçu sous la supervision de Jean-Baptiste Hillerin de Boistissandeau, grand amateur de sciences et de mécanique, avant de demeurer dans sa descendance familiale. Conseiller au parlement de Bretagne puis à la Chambre des Comptes de Paris, Hillerin de Boistissandeau joua un rôle important dans les milieux scientifiques du XVIIIe siècle, au point d’être considéré comme une figure proche de l’Académie royale des sciences.
Très tôt passionné d’horlogerie, il possédait dès l’âge de trente et un ans une importante bibliothèque scientifique ainsi qu’un cabinet d’instruments mécaniques. Son contrat de mariage mentionne déjà une pendule réalisée sous sa direction. L’horloger Antoine Thiout cite également ses recherches dans son Traité de l’horlogerie mécanique publié en 1741, notamment pour l’invention d’un thermomètre à métaux et d’un mécanisme à répétition. Quelques années plus tard, Hillerin mettra également au point un baromètre portatif.
Pour réaliser ses instruments, il collabora avec plusieurs horlogers renommés. Ce régulateur fut ainsi commencé en 1732 par Pierre-François et Louis Ledoux avant d’être achevé en 1749. Sa caisse, plus tardive que certains modèles comparables, s’inscrit dans une évolution stylistique issue des grands régulateurs décoratifs du début du XVIIIe siècle. Deux autres régulateurs similaires sont aujourd’hui connus : un premier, daté vers 1717, conservé dans une collection privée, et un second d’esprit plus Régence, réalisé autour de 1720.
Le modèle s’inspire directement des créations des grands ornemanistes français de la fin du règne de Louis XIV et du début de la Régence. Dès 1696, Jean II Bérain dessine un régulateur monumental pour le roi, aujourd’hui disparu, enrichi de figures sculptées par Sébastien Slodtz et de bronzes réalisés par Pierre Le Nègre. Ce modèle, autrefois dans la collection du duc d’Aumont, présente déjà plusieurs caractéristiques visibles sur le présent régulateur.
L’influence de Gilles-Marie Oppenordt apparaît également essentielle. Les volutes puissantes et les formes sculpturales de la gaine rappellent plusieurs dessins publiés dans le Recueil des œuvres d’Oppenordt, gravés par Gabriel Huquier. Ces modèles participent pleinement au renouvellement du décor français au début du XVIIIe siècle, entre héritage baroque et naissance du style Régence.
Par son histoire, son raffinement décoratif et son importance scientifique, ce régulateur illustre parfaitement le dialogue entre art, technique et érudition dans les grandes collections françaises du siècle des Lumières.