Paire de tulipières par Pieter Adriaen Kocks
Collection particulière
Manufacture de l’A Grec sous la direction de Pieter Adriaen Kocks († 1701). Faïence à émail stannifère. Delft, circa 1695. Hauteur : 126 cm.
Exposition : Paris, 1992, Biennale des antiquaires, stand Aveline & Cazeau-La Béraudière.
Cette spectaculaire paire de tulipières en faïence de Delft, également appelées « obélisques », compte parmi les créations les plus ambitieuses de la céramique hollandaise de la fin du XVIIe siècle. Chaque pièce est composée de sept étages superposés de forme quadrangulaire, munis de multiples becs destinés à accueillir des fleurs coupées. L’ensemble est couronné d’un sommet pyramidal et repose sur une base soutenue par quatre figures de vaches sculptées.
Le décor bleu et blanc mêle fleurs, oiseaux, paysages, personnages mythologiques et riches motifs ornementaux. La base présente des représentations allégoriques des vertus théologales et cardinales : la Foi, l’Espoir, la Charité et la Justice, illustrant le raffinement iconographique de ces œuvres destinées aux grandes demeures aristocratiques européennes.
Ces tulipières furent réalisées dans les années 1680-1700 à la manufacture de l’A Grec à Delft sous la direction du célèbre maître potier Pieter Adriaen Kocks. À cette époque, l’Europe connaît une véritable fascination pour les porcelaines et les arts décoratifs venus d’Asie. Après l’interruption des importations de porcelaine chinoise consécutive à la chute de la dynastie Ming en 1644, les faïenciers hollandais développèrent une production raffinée de céramiques bleu et blanc inspirées des modèles orientaux.
Les tulipes, alors symboles de richesse et d’exotisme, occupaient une place centrale dans la culture hollandaise. Ces imposantes pyramides de faïence étaient conçues pour présenter les fleurs dans les jardins et les grands salons des résidences princières. Leur forme monumentale, inspirée des pagodes chinoises, ainsi que leurs décors orientalisants, reflètent pleinement le goût européen pour les chinoiseries à la fin du XVIIe siècle.
Pieter Adriaen Kocks fit de la manufacture de l’A Grec l’un des principaux fournisseurs de la cour de Guillaume III d’Orange et de la reine Mary II d’Angleterre. Des tulipières comparables ornaient notamment Hampton Court, Kensington Palace ou encore Het Loo. Quelques rares exemplaires similaires sont aujourd’hui conservés dans des institutions prestigieuses comme le Victoria & Albert Museum de Londres, Chatsworth House ou les collections royales britanniques.
Par leurs dimensions exceptionnelles, la richesse de leur décor et la virtuosité technique de leur réalisation, ces tulipières figurent parmi les chefs-d’œuvre les plus spectaculaires de la faïence de Delft et témoignent du faste des arts décoratifs européens à l’époque baroque.