Skip to content
Paire-aiguieres-aux-dragons-Christophe-de-Quenetain-historien-de-lart

Paire d’aiguières aux dragons

Collection particulière

Porcelaine céladon, bronze ciselé et doré. Chine, époque Yongzheng (1723-1735) (céladon). Paris, époque Louis XV, circa 1745-1755 (bronze). Hauteur : 61 cm ; largeur : 29 cm.

Cette paire d’aiguières en céladon craquelé est enrichie d’une spectaculaire monture de bronze ciselé et doré. Les anses, formées de dragons, rejoignent le col tandis que les becs verseurs prennent la forme de têtes de satyres prolongées de feuilles d’acanthe. Le corps des vases est décoré de paysages orientaux ponctués de coquillages peints en bleu. L’ensemble illustre parfaitement le goût européen pour les chinoiseries et les objets d’inspiration asiatique qui se développe à partir de la fin du XVIIe siècle.

La fascination pour les motifs chinois fut largement encouragée par les récits de voyage et les publications consacrées à la Chine, notamment les Nouveaux Mémoires sur l’État présent de la Chine du père Louis Le Comte, publiés à Paris à la fin des années 1690. Le dragon, motif central dans les arts asiatiques, devient alors un élément décoratif majeur dans les arts décoratifs français du début du XVIIIe siècle. Les bronziers parisiens l’intègrent particulièrement dans le style Régence, aussi bien sur des objets liés au feu que sur du mobilier prestigieux. L’ébéniste Charles Cressent l’utilise notamment sur plusieurs cartels et commodes.

L’association du dragon aux coquillages, coraux et porcelaines céladon reflète les recherches esthétiques menées sous la Régence et au début du règne de Louis XV autour du dialogue entre matières précieuses, exotisme oriental et bronze doré français. Le motif du bec verseur en forme de tête d’homme barbu se retrouve également sur une paire de vases du XVIIe siècle aujourd’hui conservée dans les collections royales britanniques.

Plusieurs modèles comparables sont connus dans de prestigieuses collections historiques. Une paire d’aiguières proche appartenait ainsi à Louise-Jeanne de Durfort de Duras, duchesse de Mazarin, après avoir probablement figuré dans la célèbre collection de Louis-Jean Gaignat au XVIIIe siècle. D’autres exemples munis de montures similaires « au dragon » furent conservés dans la collection du duc d’Aumont avant d’être acquis par Louis XVI en 1782 ; ils sont aujourd’hui conservés au musée du Louvre.

Des variantes de ces aiguières sont également passées sur le marché de l’art au cours des dernières décennies, avec différentes formes de céladons craquelés — noirs, bruns ou rougeâtres — témoignant du raffinement et de la rareté de ces objets mêlant porcelaine orientale et montures françaises du XVIIIe siècle.