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Mobilier de salon par Georges Jacob de la marquise de Marbeuf

collection particulière

Georges Jacob (1739-1814). Noyer mouluré, sculpté, doré et partiellement laqué blanc. Paris, époque Louis XVI, circa 1789-1790. Estampille de Georges Jacob. Hauteur : 110 cm ; largeur : 70 cm ; profondeur : 75 cm (quatre fauteuils).

Exposition : Paris, 1996, Biennale des antiquaires, stand Aveline & Cazeau-La Béraudière.

En 1788, Henriette-Françoise Michel, épouse d’Ange-Jacques Auger, marquis de Marbeuf, hérite de l’hôtel particulier familial situé rue du Faubourg Saint-Honoré, à l’emplacement de l’actuelle ambassade du Japon. Quelques années auparavant, cette demeure avait été édifiée pour Louis Blouin, premier valet de chambre du Roi et gouverneur de Versailles. Souhaitant moderniser et magnifier la résidence, la marquise engage un vaste chantier de transformation qui deviendra, en pleine Révolution française, l’un des plus importants projets de décoration privée entrepris à Paris à la fin du XVIIIe siècle.

Pour le grand salon de l’hôtel, Georges Jacob conçoit un exceptionnel ensemble de sièges dans le goût « à l’antique », probablement sous le regard ou avec l’influence de l’ornemaniste Jean-Démosthène Dugourc. Le mobilier comprenait aussi bien des meubles « meublants », disposés contre les murs, que des sièges destinés au centre de la pièce. L’inventaire après décès de la marquise décrit un décor somptueux composé de grands canapés, fauteuils et chaises garnis de tapisseries de Beauvais, ornés de sujets historiques, de paysages en camaïeu, de bouquets fleuris et de spectaculaires accotoirs en forme de sphinges ailées.

Par leurs proportions raffinées et leur vocabulaire décoratif inspiré de l’Antiquité, ces sièges s’intégraient parfaitement au décor architectural du salon conçu par les architectes Le Grand et Molinos. Le lien entre le mobilier et les boiseries est notamment confirmé par les gravures publiées dans Les plus belles maisons de Paris de Krafft et Ransonnette en 1801. Dugourc reprendra d’ailleurs certains motifs développés pour l’hôtel Marbeuf dans des projets destinés à la Russie.

Plusieurs éléments de cet ensemble exceptionnel ont aujourd’hui été identifiés dans des collections publiques et privées : fauteuils, chaises, canapés et sièges provenant du mobilier du grand salon ou de la salle à manger. Parmi les pièces les plus remarquables figure un fauteuil « à chinoiserie » conservé au Bowes Museum, portant encore l’étiquette d’origine de la chambre de la marquise de Marbeuf.

Après la Terreur et l’exécution de la marquise en 1794, l’hôtel et son mobilier furent restitués à ses héritiers avant d’être occupés par Charles-François Lebrun, futur troisième consul auprès de Napoléon Bonaparte, puis vendus à Joseph Bonaparte. Cet ensemble demeure aujourd’hui l’un des témoignages les plus raffinés du goût aristocratique parisien à la veille de la chute de l’Ancien Régime.