L’Été et l’Automne
Musée de la céramique
Rouen
Rouen, fabrique de Nicolas Fouquay (1686-1742). Faïence stannifère. Rouen, époque Louis XV, circa 1730. Hauteur : 82 cm ; longueur : 57 cm ; profondeur : 31 cm.
Exposition : Paris, 1994, Biennale des antiquaires, stand Aveline.
Présentés à la Biennale des Antiquaires de Paris en 1994, ces bustes de l’Été et de l’Automne en faïence de Rouen appartiennent à une prestigieuse série des Quatre Saisons réalisée vers 1730 dans la manufacture de Nicolas Fouquay. Héritier de l’ancienne fabrique de Louis Poterat, Fouquay développe alors une production particulièrement ambitieuse destinée à une clientèle aristocratique.
Les figures représentent Cérès, déesse des moissons coiffée d’épis de blé, et Bacchus, dieu du vin entouré de pampres et de grappes de raisin. À cette suite s’ajoutait un buste d’Apollon inspiré des Métamorphoses d’Ovide. Au moins quatre ensembles comparables furent réalisés au XVIIIe siècle. L’un des plus célèbres, provenant de la collection du duc d’Hamilton, entra au musée du Louvre en 1882, tandis que le buste d’Apollon rejoignit le Victoria & Albert Museum de Londres.
Les bustes aujourd’hui conservés au musée de la Céramique de Rouen se distinguent par un traitement plus sobre que les exemplaires d’Hamilton Palace. Les draperies y sont moins richement ornées et les coiffures simplifiées, mais l’élégance des formes et la qualité du modelé révèlent l’intervention d’un sculpteur de formation classique. Les visages, laissés dans la blancheur de l’émail, rappellent l’apparence du marbre et confèrent à ces œuvres une grande noblesse plastique.
Par leurs dimensions monumentales et leur sophistication technique, ces bustes témoignent du haut niveau atteint par les faïenciers rouennais au XVIIIe siècle. Ils étaient destinés à être placés sur des piédestaux inspirés de modèles d’André-Charles Boulle, soulignant leur statut de véritables objets d’apparat.
La production de faïence à Rouen remonte au XVIIe siècle, lorsque la régente Anne d’Autriche accorde en 1644 un privilège de fabrication à Nicolas Poirel, associé au faïencier Edme Poterat. Sous leur impulsion naît le célèbre décor bleu « à lambrequins », inspiré à la fois des modèles italiens et des porcelaines chinoises. Peu à peu, les décors deviennent plus riches et couvrent entièrement les surfaces des objets, donnant naissance au style rouennais.
En reprenant la manufacture de Louis Poterat en 1720, Nicolas Fouquay poursuit cette tradition d’excellence et développe des pièces sculpturales ambitieuses comme les célèbres Quatre Saisons, aujourd’hui considérées parmi les chefs-d’œuvre de la faïence française du XVIIIe siècle.