Commode par Étienne Doirat
The Jean-Paul Getty Museum
Los Angeles
Étienne Doirat (circa 1675-1732). Chêne, sapin, noyer, bois de violette, amarante, bronze ciselé et doré, marbre brèche d’Alep. Paris, époque Louis XV, circa 1725-1730. Estampillée “E. DOIRAT”. Hauteur : 86,4 cm ; largeur : 168 cm ; profondeur : 71,7 cm.
Exposition : Détroit, 1972-1973.
Cette commode à trois rangs de tiroirs est plaquée de bois de violette disposé en frisage à pointes de diamant, créant de subtils effets de clair-obscur particulièrement caractéristiques de l’œuvre d’Étienne Doirat. Sa silhouette fortement galbée et le dynamisme de ses lignes appartiennent à la dernière période de création de l’ébéniste, considérée par les spécialistes comme l’aboutissement de son style.
La façade est animée de lambrequins festonnés, motif emblématique du vocabulaire décoratif de Doirat, tandis qu’une petite roue dissimulée sous le tiroir inférieur facilite son ouverture malgré le poids important de l’ensemble. Les chutes d’angles en bronze ciselé et doré, figurant des têtes d’hommes et de femmes, se retrouvent sur plusieurs autres commodes connues de l’artiste, aujourd’hui conservées dans des collections privées ou passées sur le marché de l’art.
La forme générale du meuble, proche des modèles dits « en sarcophage » développés sous la Régence, témoigne de l’évolution du mobilier français vers des lignes plus mouvementées et plus sculpturales. Cette recherche formelle place Étienne Doirat parmi les grands créateurs du début du XVIIIe siècle.
L’estampille de l’ébéniste apparaît sur le meuble, fait encore relativement rare à cette époque. Doirat compte en effet parmi les premiers artisans à signer régulièrement ses créations, bien avant que cette pratique ne devienne obligatoire dans les années 1740. Son inventaire après décès révèle l’importance de son activité : plus de deux cents meubles y sont mentionnés, dont trente-et-une commodes, plusieurs restant inachevées à sa mort en 1732.
Par la qualité exceptionnelle de sa marqueterie et de ses bronzes, cette commode illustre parfaitement la maîtrise de Doirat dans l’interprétation du style Régence et des débuts du goût rocaille. Son œuvre occupe une place essentielle dans l’histoire du mobilier français, entre les créations de Charles Cressent et celles de Bernard Van Risamburgh, annonçant déjà les formes plus libres et élégantes du style Louis XV.