Skip to content
Cheminee-en-faience-par-la-manufacture-de-Rouen-Christophe-de-Quenetain-historien-de-lart

Cheminée en faïence par la manufacture de Rouen

Collection particulière

Manufacture de Rouen. Faïence stannifère. Rouen, époque Louis XV, circa 1740-1760. Hauteur : 117 cm ; largeur : 182 cm ; profondeur : 19 cm.

Exposition : Paris, 1996, Biennale des antiquaires, stand Aveline & Cazeau-La Béraudière.

Cette remarquable cheminée en faïence de Rouen est composée de cinq éléments assemblés et présente un riche décor polychrome dit « à la corne d’abondance ». Les écoinçons sont ornés de motifs floraux abondants, tandis que le linteau développe un élégant entrelacs de rinceaux feuillagés animés d’oiseaux et d’écureuils autour d’une large coquille centrale. Les montants en relief, traités en volutes mouvementées, sont également agrémentés de coquilles, tandis que les bordures reçoivent des frises de feuillages, de rosaces et de cartouches quadrillés.

Par la souplesse de ses lignes et son décor exubérant, cette œuvre s’inscrit pleinement dans le goût rocaille qui domine la production rouennaise vers 1750. Son dessin animé de courbes et de contre-courbes témoigne d’une recherche décorative particulièrement ambitieuse et d’une virtuosité technique exceptionnelle de la part des faïenciers de Rouen.

Cette cheminée constitue un modèle unique, mais peut être rapprochée de deux autres cheminées issues de la même tradition. La première est conservée à la Cité de la Céramique de Sèvres, tandis qu’une seconde, aujourd’hui au Hetjens-Museum de Düsseldorf, présente une structure comparable bien que son décor soit exécuté en camaïeu bleu. Toutes deux témoignent de l’inventivité des manufactures rouennaises dans le domaine du grand décor architectural en faïence.

Au milieu du XVIIIe siècle, les manufactures rouennaises, notamment celle de Nicolas Fouquay, avaient déjà acquis une réputation considérable grâce à leur maîtrise des objets de grand ameublement. Elles produisaient alors des pièces spectaculaires telles que des globes terrestres, des consoles murales, des plateaux de cheminée ou encore des dessus de commodes en faïence. Certaines de ces réalisations relevaient davantage de véritables démonstrations techniques et artistiques que d’une production destinée à être largement diffusée.

Cette cheminée illustre parfaitement cette volonté de repousser les limites du matériau céramique et d’adapter la faïence aux formes les plus sophistiquées du décor intérieur rocaille. Elle témoigne également de la place importante occupée par les manufactures françaises dans les arts décoratifs européens du XVIIIe siècle.

Le musée des Arts décoratifs de Paris conserve d’ailleurs une cheminée en faïence de Moustiers, décorée d’après des modèles de Jean Bérain et réalisée environ vingt ans plus tôt, confirmant l’excellence et l’inventivité des faïenciers français dans le domaine du décor monumental.