Cabinet du roi Philippe V d’Espagne
Collection Andreï Melnitchenko
Henry Van Soest (1659-1726). Chêne, sapin, bois de violette, amarante, ébène, écaille de tortue, cuivre, étain, ivoire. Anvers, circa 1701-1713. Hauteur : 240 cm ; largeur : 140 cm.
Expositions : Enghien, 1888, n° 1616 ; Paris, 1972, Biennale des antiquaires, stand Didier Aaron & Cie, Aveline & Cie, B. Fabre & Fils, J.-P. Hagnauer, Kraemer & Cie, Étienne Levy & Cie, Weiller & Cie ; Maastricht, 2012, TEFAF, stand galerie J. Kugel.
Ce monumental cabinet d’apparat réalisé par Henry Van Soest est organisé autour de deux colonnes ornées de bustes de Philippe V d’Espagne. Le décor, particulièrement spectaculaire, associe figures allégoriques, Renommée portant le chiffre royal couronné et génies soutenant les armes du souverain. Au centre, la porte du tabernacle présente un portrait de Philippe V en majesté exécuté en marqueterie de contrepartie, véritable chef-d’œuvre technique rappelant l’autoportrait attribué à Henry Van Soest conservé au musée des Arts décoratifs de Paris. Les tiroirs sont enrichis de scènes de batailles militaires, tandis que les piédestaux sculptés et dorés reprennent également l’effigie du roi.
Longtemps attribué à André-Charles Boulle, ce meuble appartient en réalité à un ensemble de quatre cabinets réalisés par Henry Van Soest au début du XVIIIe siècle. Un second exemplaire en contrepartie est aujourd’hui conservé au Museo de Artes Decorativas de Madrid, tandis qu’une paire en première partie figurait autrefois dans la prestigieuse collection du baron Élie de Rothschild.
Les deux cabinets en contrepartie passèrent successivement dans les collections de la famille Delescluse, importante lignée d’échevins et de gouverneurs d’Ath, avant d’appartenir au sculpteur Jean Reuse-Leroy, directeur de l’École de dessin d’Enghien. En 1944, les deux meubles furent séparés, et le pendant de ce cabinet rejoignit ensuite la collection Duplat.
Par sa structure monumentale, la richesse de sa marqueterie et l’abondance de son décor sculpté et doré, ce meuble illustre parfaitement le goût du mobilier d’apparat anversois sous le règne de Louis XIV. Henry Van Soest comptait alors parmi les ébénistes les plus recherchés d’Europe et travailla également pour plusieurs grandes cours princières, notamment celles de Bavière et du prince de Ligne.
À la croisée des traditions flamandes et françaises, ce cabinet témoigne du faste des commandes royales du début du XVIIIe siècle et de l’influence considérable exercée par le style Boulle dans toute l’Europe.