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Cabinet en laque de Chine de François Guyot de Chenizot

Collection Tobias Meyer et Mark Fletcher
New York

Ébène, laque de Chine, vernis “façon de la Chine”, bronze ciselé et doré. Paris, circa 1720-1730. Hauteur : 148,5 cm ; largeur : 190 cm ; profondeur : 43 cm.

Ce cabinet à panneaux de laque de Chine présente trois vantaux décorés d’oiseaux, de papillons, de branchages fleuris et de paysages exotiques animés de pagodes. De riches montures de bronze doré rythment la composition avec élégance : entrées de serrure, écoinçons et ornements sculptés soulignent la structure du meuble, tandis que le socle repose sur des pieds ornés d’un masque féminin d’inspiration bachique.

Le meuble fut identifié en 1997 par l’historien Christian Baulez dans les collections de François Guyot de Chenizot (1673-1731), important financier parisien installé rue Saint-Louis-en-l’Île. Les archives décrivent alors un « bas d’armoire de laque de Chine » garni de tablettes et de tiroirs, estimé à une somme considérable pour l’époque. Après avoir quitté les collections françaises au XVIIIe siècle, le cabinet rejoignit celles de la famille Bateman en Angleterre, où il demeura jusqu’au début du XXe siècle.

Ce meuble constitue un témoignage exceptionnel de l’engouement européen pour les laques orientales sous la Régence et au début du règne de Louis XV. À cette période, les cours européennes développent une véritable fascination pour les productions venues d’Extrême-Orient : porcelaines, textiles, laques et objets précieux importés par les grandes compagnies commerciales. Si les premières laques provenaient principalement du Japon, la Chine devient progressivement un fournisseur majeur au tournant du XVIIIe siècle.

En France, les marchands merciers jouent un rôle essentiel dans la diffusion de ce goût pour l’exotisme. Ils importent les panneaux de laque d’Asie et les adaptent au mobilier parisien en les associant à des montures de bronze doré réalisées par les meilleurs artisans. Le cabinet illustre parfaitement cette collaboration entre ébénistes, bronziers et marchands de luxe, qui transforma les objets orientaux en véritables meubles d’apparat destinés aux grands collectionneurs européens.

Par ses dimensions importantes, la qualité de ses bronzes et la finesse de ses panneaux de laque, le meuble témoigne de l’excellence de l’ébénisterie parisienne du premier tiers du XVIIIe siècle. Quelques cabinets comparables sont aujourd’hui conservés dans de grandes collections publiques et privées, mais très peu présentent un état de conservation et une qualité décorative aussi remarquables.

À la croisée des arts décoratifs français et des influences asiatiques, ce cabinet illustre parfaitement le raffinement cosmopolite qui caractérise les grands intérieurs aristocratiques sous la Régence.