Bureau plat, son cartonnier et sa pendule
par André-Charles (I) Boulle et Claude Martinot
Collection particulière
André-Charles (I) Boulle (1642-1732) (ébénisterie), Claude Martinot (circa 1691-1744) (horlogerie). Chêne, écaille de tortue, ébène, cuivre, bronze ciselé, patiné et doré. Paris, époque Louis XIV, circa 1715-1719. Pendule marquée “C. Martiniet horologer [sic] du Roy aux Galeries du Louvre”, “C. Martinot aux Galeries, 1719.” Bureau : hauteur : 80,6 cm ; longueur : 252 cm ; profondeur : 95,3 cm. Cartonnier et pendule : hauteur : 191 cm ; largeur : 108 cm ; profondeur : 32 cm.
Exposition : Paris, 1888, cat. n° 145.
Créé par André-Charles Boulle entre 1715 et 1719, ce bureau plat accompagné de son cartonnier et de sa pendule demeura pendant plus de deux siècles dans la descendance du ministre Louis-Charles Machault d’Arnouville. Les premières mentions précises de cet ensemble apparaissent dans les inventaires après décès de la famille Machault au XVIIIe siècle, où le meuble est décrit comme un somptueux bureau de marqueterie orné de bronzes dorés, recouvert de maroquin noir et accompagné d’une pendule réalisée par Boulle.
L’ensemble est à nouveau mentionné en 1750 dans l’inventaire du ministre, qui souligne la richesse de ses ornements de cuivre doré et la qualité exceptionnelle de son exécution. Le bureau est alors estimé à une valeur particulièrement importante, preuve du prestige associé aux créations de Boulle dès le XVIIIe siècle.
Au XIXe siècle, le mobilier rejoint les collections du marquis Melchior de Vogüé, installé dans un hôtel particulier du quai d’Orsay à Paris. Les salons de cette demeure abritaient plusieurs chefs-d’œuvre de l’ébénisterie française, parmi lesquels ce remarquable ensemble Boulle. Lors de l’inventaire après décès du marquis en 1877, le bureau et son cartonnier figurent parmi les œuvres les plus précieuses de la collection.
En 1888, l’ensemble est présenté à l’Exposition de l’Art Français sous Louis XIV et sous Louis XV, aux côtés d’œuvres appartenant à de grands collectionneurs comme Richard Wallace ou le baron Alphonse de Rothschild. La presse de l’époque souligne alors l’importance historique du mobilier conservé par le marquis de Vogüé, notamment une grande pendule dont le cadran reposait sur deux figures de bronze inspirées des tombeaux des Médicis à Florence.
Le mouvement de cette pendule est attribué à Claude Martinot, horloger du Roi et des galeries du Louvre au début du XVIIIe siècle. Décorée des allégories du Jour et de la Nuit, elle témoigne du raffinement et de l’inventivité des collaborations entre ébénistes, bronziers et horlogers sous la Régence.
Par la qualité de sa marqueterie, la richesse de ses bronzes et son exceptionnelle provenance, ce bureau compte parmi les plus prestigieux modèles réalisés par André-Charles Boulle. Il illustre parfaitement le goût des grandes familles aristocratiques françaises pour le mobilier d’apparat au début du XVIIIe siècle et l’admiration constante suscitée par l’œuvre de Boulle jusqu’à l’époque moderne.